NOS BELLES / FR

Ah les belles de Madagascar ! leur renommée se répand comme une traînée de poudre.  Ceux qui ne les connaissent pas ont eu vent de la beauté sulfureuse de ces dames.

L’ambiance tropicale Malagasy est bien rodée, ses belles sont des femmes d’affaire affutées.  L’amour y est abordable dû à la pauvreté, l’exotisme garanti.  Une île où la faune et la flore sont magnifiques, ainsi que ses belles : gentilles, souriantes et surtout toujours partantes.

Nos belles (en majorité) proposent l’illusion de l’amour, les hommes (tout venant) disposent ; Le tout dans un système marchand.  Une île ou tous les fantasmes peuvent êtres réalisés et les vœux exaucés.  Ces belles usent de leur savoir faire pour obtenir salaire, rien n’est trop beau pour le petit pépère.

Depuis belle lurette nos belles ravivent l’amour, guérissent des cœurs blessés, accueillent des vieux mal fagotés. Elles espèrent et n’en sont jamais fatiguées, qu’un jour le prince charmant va finir par se dénoncer… ça s’arrête la plupart du temps à l’espoir ou à l’aéroport (Ah sééériee ee ze t’aime zusk’à l’aeroport).  Certaines d’entre elles sont là depuis leur plus jeune âge ; envoyées par leurs parents se vendre pour ramener le pain quotidien sous leurs jeunes apanages…

Ont-elles eu le choix ? ont-elles le choix aujourd’hui ? à l’ère du #metoo ou #balancetonporc (hashtag pour révéler le scandale des abus sexuel particulièrement dans le milieu professionnel) : nos belles ne balancent pas leurs porcs, elles les dévorent

Le trafic d’êtres humains est toujours monnaie courante, les femmes sont les premières victimes.  Dans un pays ou le statut des femmes est amoindri, ou la violence conjugale est encore acceptée et la puissance matriarcale est évidente mais reniée ; la représentation de nos belles n’est que le début d’une dénonciation proposé par l’artiste de tragédie féminine millénaire ; mais également une révérence à la force de ces femmes, des femmes en général.

Via ce projet de matérialiser le quotidien de ces belles qui : à longueur de journées et de soirées, arpentent les plages/rues/corps sans se fatiguer.  Rendre plus familières ces dames de compagnie…qui sont comme nous tous ; finalement très gentilles.

Montrer une réalité plus complexe que notre vision de premier abord, une réalité vécue par la majorité, qui mérite d’être vue et étudiée.

© Miora ACKER - 2019